#premiersInstants - Masques de Patricia Briggs

Découvrez les #premiersInstants sur notre librairie ! On vous offre tout simplement de découvrir les premiers chapitres de nos romans préférés. Parce qu'il n'y a rien de plus excitant que de parcourir les premières pages d'une nouvelle histoire... Bonne lecture !

Prologue

Le loup sortit de la grotte avec difficulté, conscient qu’on le traquait et que, cette fois, il ne serait pas en mesure de se défendre. Il était fiévreux et souffrant. Sa tête l’élançait si fort que le moindre mouvement l’accablait de douleur et l’empêchait de réfléchir.
Tout ce temps perdu, toute cette préparation, et il allait se retrouver terrassé à cause d’un refroidissement.
De nouveau, il sentit les vrilles du traqueur sonder les alentours. Elles l’effleurèrent sans le percevoir ni le reconnaître. La magie sauvage abondait dans les Terres Boréales, c’est pourquoi tout autre type de magie ne pouvait y opérer correctement. Le pisteur recherchait un mage et ne remarquerait pas le loup qui abritait ce dernier, à moins que la fièvre le trahisse.
Il devait faire profil bas, tâcher de passer inaperçu. C’était là sa meilleure défense… Mais il était terrorisé et la maladie embrumait ses idées.

Il ne craignait pas la mort. Parfois, il se disait que sa quête l’avait conduit jusque-là. Il appréhendait davantage de rester en vie et redoutait ce qu’il risquait de devenir. Peut-être celui qui le cherchait se contentait-il de chasser avec indolence, mais lorsqu’il ressentit une troisième caresse, il comprit que c’était peu probable. D’une façon ou d’une autre, il avait dû se trahir. Il avait toujours su qu’ils finiraient par le retrouver. Mais jamais il n’aurait cru se faire prendre dans un tel état de faiblesse.
Il lutta pour se fondre le plus possible dans la forme qu’il avait adoptée, pour se perdre dans l’animal. Il y parvint.
Au quatrième grésillement de magie, celle du traqueur, c’en fut trop pour le loup. Contrairement au mage tapi en lui, le loup ne réfléchissait pas, il se fiait à son instinct. S’il avait peur, il attaquait ou fuyait. Il n’y avait personne à attaquer, alors il s’enfuit. 

Une fois épuisé, le loup parvint enfin à rassembler son humanité – amusant, pour un loup, n’est-ce pas ? –, puis il se ressaisit et cessa de courir. Ses côtes l’élançaient à chaque respiration ; les durs coussinets de ses pattes avaient été cisaillés par des cailloux et des cristaux de glace dans cette contrée où le soleil ne faisait jamais totalement fondre le présent de l’hiver. Il tremblait, bien qu’il se sentît chaud, fébrile. Il était mal en point.
Il ne pouvait pas passer sa vie à courir. Le loup n’était pas le seul à avoir besoin de s’échapper, et il aurait beau cavaler, il ne sauverait pas sa peau.
Il ferma les yeux, mais cela n’empêcha pas la douleur de lui vriller le crâne en cadence, au rythme des pulsations de son pouls. S’il ne mourait pas sur place, il devrait se trouver un abri. Un endroit au chaud, où il pourrait se reposer et guérir. Par chance, il s’était dirigé vers le sud et l’été battait son plein. Au cœur de l’hiver, son seul recours aurait été de regagner les grottes qu’il avait fuies.
Un tas de feuilles sous un fourré de trembles attira son attention. S’il était assez « épais pour être sec en dessous, il pourrait s’y réfugier. Il descendit la colline et se dirigea vers les arbres.
Il ne remarqua rien. Le sol céda sous son poids si vite qu’il se retrouva gisant sur un amas de pieux pourris à trois mètres sous terre avant de comprendre ce qui venait d’arriver.
C’était une vieille chausse-trape. Il se releva et se rendit compte qu’il avait eu moins de chance qu’il le pensait. Les piquets s’étaient brisés lorsqu’il les avait heurtés, tout comme sa patte arrière. S’il n’avait pas été si abattu, si fatigué, il aurait pu faire quelque chose. Il avait appris des années plus tôt à passer outre à la douleur quand il utilisait sa magie. Mais cette fois, malgré ses efforts, il ne « parvint pas à s’en séparer. La fièvre qui secouait son corps de frissons l’en empêchait. Privé de pouvoirs et avec une patte cassée, il était coincé. À en juger par le bois qui moisissait, personne ne surveillait la trappe. Personne pour le secourir ou abréger ses souffrances. Il succomberait donc à une mort lente.
Cela ne le dérangeait pas, car bien plus qu’être libre, il désirait par-dessus tout ne pas se faire prendre.
Il se trouvait dans un piège, mais ce n’était pas Son piège.

Peut-être, songea le loup en vacillant de nouveau, serait-ce une bonne chose de ne plus cavaler ? Sous lui, la terre était froide et humide. La fraîcheur qui l’entourait apaisait les bouffées de chaleur causées par la fièvre et son périple effréné. Tremblant de froid et de douleur, il attendit avec patience – et même avec plaisir – que la mort vienne et l’emporte.

Peut-être, songea le loup en vacillant de nouveau, serait-ce une bonne chose de ne plus cavaler ? Sous lui, la terre était froide et humide. La fraîcheur qui l’entourait apaisait les bouffées de chaleur causées par la fièvre et son périple effréné. Tremblant de froid et de douleur, il attendit avec patience – et même avec plaisir – que la mort vienne et l’emporte.
 
— Si tu vas sur les Terres Boréales en été, tu évites les tempêtes de neige, mais pas la boue.
Aralorn, Page d’état-major, Messagère et Éclaireuse du Sixième Bataillon, donna un coup dans un caillou qui décrivit un arc dans le ciel avant de retomber sur le sentier boueux à quelques pas d’elle dans une désagréable projection d’éclaboussures.
Ce n’était pas un vrai chemin. S’il ne menait pas directement depuis le village au camp fort bien exploité où était postée son unité, elle l’aurait qualifié de piste à cerfs et n’aurait jamais cru que des pieds humains aient pu le fouler un jour.
— J’aurais pu leur dire, moi, reprit-elle. Mais personne ne m’a demandé mon avis.
Elle avança d’un pas et son pied gauche s’enfonça de quinze centimètres dans une parcelle identique à la précédente qui, jusque-là, avait supporté son poids sans problème. Elle le retira et le remua pour en ôter l’épaisse couche de bourbe, en vain. Lorsqu’elle recommença à marcher, sa botte toute crottée pesait deux fois plus lourd.
— Je suppose, poursuivit-elle résignée tandis qu’elle pataugeait plus avant, qu’entraînement ne rime pas avec amusement et que, parfois, on peut avoir à se battre dans la boue. D’ailleurs, on en trouve aussi dans des endroits plus chauds. On pourrait partir chasser des uriah dans les anciens Grands Marais. Ce serait un bon exercice, et utile avec ça, mais qui accepterait de nous rétribuer ? Nous autres, Mercenaires, sommes contraints de chômer si personne ne nous paie. Nous voilà donc coincés, littéralement en ce qui concerne nos chariots de marchandises, contraints d’exécuter des manœuvres dans la boue glaciale.
Son auditeur compatissant soupira et lui donna un coup de tête. Elle frotta les pommettes grises de son cheval sous les sangles en cuir de sa bride.
— Je sais, Sheen. On pourrait y être dans une heure si on se hâtait, mais encourager un comportement stupide serait insensé.
L’un des fourgons était tellement embourbé qu’un des essieux avait cédé quand ils avaient tenté de le dégager. Aralorn avait été dépêchée dans la bourgade la plus proche pour chercher un forgeron capable de réparer les dégâts, car celui qui les accompagnait s’était cassé le bras en essayant de déloger l’engin.

Qu’il y ait un village non loin de leur campement en ces contrées boréales était en soi une surprise, même s’ils ne s’étaient pas encore enfoncés à l’intérieur des terres. Sa présence expliquait sans doute pourquoi les troupes de mercenaires avaient été envoyées là pour s’entraîner et non pas à huit lieues à l’est ou à l’ouest.
L’essieu réparé fut attaché dans le sens de la longueur sur le côté gauche de la selle de Sheen, avec un sac de poids fixé à l’étrier droit afin d’équilibrer la charge. Cela rendait la chevauchée malaisée, c’est pourquoi, entre autres raisons, Aralorn marchait.
— Si j’arrive au camp trop tôt, notre illustre et inexpérimenté capitaine ordonnera la réparation du chariot sur-le-champ. Il nous obligera à quitter un agréable campement pour marcher encore pendant des lieues jusqu’au coucher du soleil et on devra passer la nuit à chercher un autre endroit décent où bivouaquer.


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